Dans le Nord de Madagascar nous appelons cela « agna-morongo », les feuilles de moringa. Moringa oleifèra, souvent appelée simplement moringa, est l’espèce la plus cultivée du genre monotypique Moringa de la famille des Moringaceae. Le moringa est un genre d’arbuste et de petit arbre à usages multiples: ses feuilles, ses racines et ses cosses vertes sont consommées en légumes. Il y a une vingtaine d’années, dans mon enfance, chez ma grand-mère, nous en faisions souvent des « romazava », un plat typiquement malgache. À l’époque, presque personne n’avait besoin d’acheter du moringa : on en cueillait soit dans notre cour ou dans celles des voisins qui en donnaient gratuitement, puisqu’il en poussait dans la plupart des cours à Diego-Suarez.

J’ai plus tard découvert les grandes vertus du moringa ce qui m’a amené à écrire cet article, qui plus est, l’idée de s’investir dans la culture de cette plante n’est pas mauvaise.

Moringa, la plante essentielle

Toutes les parties du moringa – écorce, gousses, feuilles, noix, graines, tubercules, racines et fleurs– sont comestibles. Le Moringa apporte 15 fois plus de potassium que les bananes et contient deux fois plus de vitamine A que les carottes. Ses feuilles offrent 17 fois plus de calcium que le lait et 25 fois plus de fer que les épinards… et beaucoup d’autres bienfaits comme cités par Miracletrees. Les feuilles de Moringa peuvent être consommées fraîches, cuites ou en poudre. Elles peuvent être utilisées dans du thé, ou ajouté à des boissons, saupoudrées dans de la salade ou de la soupe …etc. Il existe d’innombrables moyens d’incorporer Moringa dans le régime alimentaire. La liste des moyens d’appliquer la poudre Moringa dépend uniquement de votre imagination. Les feuilles et la poudre de Moringa n’ont aucun effet secondaire indésirable. D’ailleurs, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) recommande la consommation du moringa en raison de son grand apport de nutrition maternelle et infantile, de médicament et de revenus pour la famille mais aussi parce que les arbres de moringa servent de brise-vent et réduisent l’érosion des sols.

Un entretien facile

Le moringa oleifèra pousse bien à Diego et dans n’importe quelle ville des régions de DIANA et SAVA et pendant toute l’année. Il nécessite entre autres un climat tropical (entre 25 et 35 °C). Les arbres peuvent atteindre plus de 6 mètres de haut au bout de leur première année. La croissance moyenne est d’environ 4,5 mètres et les branches peuvent s’allonger de 1 à 1,20 mètres en moyenne, toujours pour la première année. Pour se lancer dans une culture de moringa il est préférable de semer les graines que plutôt de replanter des pépinières ou des boutures.  Sa plantation se fait sur des sols bien drainés, sableux ou limoneux avec un pH entre 5 et 9.

Moringa Bio nous donne plus de détails sur cette culture. Nous rapportons ici quelques points essentiels :

  • Avec une profondeur de 2 cm on sème deux graines par poquet.
  • Pour une plantation en monoculture, les arbres sont espacés de 1 mètre sur 1 mètre, pour une haie, les arbres sont espacés d’un mètre et placés en ligne. Et pour une production en association avec d’autres cultures (agroforesterie), les arbres sont placés en ligne, espacés d’un mètre.
  • Le moringa peut germer et se développer sans irrigation s’il est semé à la saison des pluies, cependant, pour une production de feuilles satisfaisante, il est préférable d’irriguer en période sèche.
  • Pour en récolter des produits bios, il est conseillé d’utiliser du compost (déchets végétaux qu’on a laissé pourrir en tas) et du fumier (crottes d’animaux mélangées à déchets végétaux) qui apportent les nutriments nécessaires tout en améliorant le sol, à la place des engrais chimiques.
  • Les feuilles de moringa sont récoltables à partir de 3 à 4 mois et les récoltes doivent se faire tous les 30 à 40 jours.

Le moringa a une longue durée de vie si celui-ci est bien entretenu. Je retrouve encore le vieil arbre de moringa de chez ma grand-mère… et il porte encore ses petites feuilles pendant la pleine saison ! D’ailleurs la Fondation Ensemble nous rappelle qu’il est aussi appelé « ne meurt jamais ».

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Arbre Moringa

Les normes ISO qui peuvent s’associer à la culture de moringa sont variables et dépendent de l’objectif des producteurs. Si la culture se veut être reconnue pour sa qualité, des normes telles que l’ISO 9000 lui sont applicables. Tandis que pour une utilisation plus durable des ressources et pour contribuer à protéger l’environnement il serait plus avantageux de se conformer à l’ISO 14001.

Le rendement le plus connu

Selon le rapport 2016 de Formad environnement sur l’efficacité des feuilles de moringa, au Nicaragua, des essais avec 1 million plant/ha et 9 coupes/an pendant 4 ans ont donné une production moyenne de matière fraîche de 580 tonnes/ha/an. Les feuilles constituent environ 30% de cette matière fraîche le reste étant constitué de tiges et de pétioles. Le rendement en feuilles serait donc d’environ 174 tonnes/ha/an. Au Sénégal, dans des conditions beaucoup plus arides et un système d’irrigation hydroponique, six récoltes par an étaient réalisées, avec un rendement en matière fraîche de 115 tonnes/ha/an. Le rendement correspondant en feuilles était de 34,5 tonnes/ha/an. La ferme produisait en moyenne 100 kg de poudre de feuilles fraîches par semaine, soit 5 tonnes de poudre par an. 8 kg de feuilles fraîches sans pétioles produisaient 1 kg de poudre de feuilles déshydratées.

Il faut noter que ces rendements ne sont possibles à atteindre qu’avec des apports importants d’engrais et d’eau. Le kilogramme de poudre se vend à environ 4 €, sans compter l’amortissement des investissements comme l’atelier de transformation, le moulin, la pompe et l’équipement hydroponique[1].

Le marché de Moringa 

L’Inde est le premier pays exportateur de moringa. Il est suivi de quelques pays d’Afrique comme le Kenya, l’Afrique du Sud et le Mozambique. Les médias indiens affirment que la production pour l’année 2016 s’élève à 363 millions d’euros et l’on estime accroître le marché de 626 millions d’euro à l’horizon 2020. L’Inde a exporté 16 000 tonnes de moringa de janvier 2014 à octobre 2016, avec un taux de croissance de 26 à 30% par an[2]. Cette exportation est destinée à l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche et le Pays Bas.

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Moringa Oleifera

Pour le compte de Madagascar je n’ai presque pas trouvé de données statistiques convaincantes sur la production et la qualité du moringa. Mais la plantation de moringa peut générer des activités pour les jeunes notamment pour ceux qui souhaiteraient entreprendre sur le long terme. Les vertus de moringa ne sont pas vulgarisées dans la zone du Nord, puisqu’il est encore considéré par la plupart de la population, comme une plante qui pousse naturellement dans quelques cours et pour laquelle il n’y a aucun avantage à s’investir dans la culture à grande échelle. De plus, il faut savoir qu’en dehors ses bienfaits sur la santé de l’homme, le moringa est aussi utile pour clarifier l’eau. Les graines du Moringa Oleifera, une fois transformées en poudre, deviennent un floculant naturel qui peut clarifier les eaux troubles, dissipant de ce fait 90 à 99% des bactéries[3]. En effet, il a été démontré que ce mélange de graines constitue un coagulant de premier ordre pour le traitement de l’eau des rivières possédant un haut niveau de matériel solide en suspension. L’eau potable qui reste encore un besoin important dans la Grande île.

Dans l’ex-province d’Antsiranana, en raison de la bonne pluviométrie et des vastes plaines fertiles, presque toutes les cultures tropicales sont possibles, y compris le moringa. Les sols sont également largement disponibles puisque seulement 6% de la superficie totale de la zone de DIANA est utilisée pour l’activité agricole[4].

[1] Formad environnement

[2] cbi.eu

[3] Fondation Ensemble

[4] Normada histoire


 Melizah Memena